WEC EoT 2015-2016 : l'effet Porsche !
L'ACO et la FIA viennent de publier la nouvelle "Equivalence of Technology" du WEC jusqu'au Mans 2016 inclus, système qui vise à maintenir l'équité sportive (*) entre technologies (diesel / essence, classes d'hybridation) et l'intérêt de la compétition d'une année sur l'autre. Elle est réalisée à partir des relevés de données télémétriques que doivent laisser accessible à la FIA et l'ACO les constructeurs.
La fréquence annuelle de mise à jour laisse malgré tout suffisamment de liberté aux ingénieurs pour leur permettre de faire progresser leur technologie hybride pendant l'hiver de façon à lui donner la supériorité technologique et à la faire triompher en première partie de saison suivante.
Sur
ce lien de la FIA, on peut comparer l'EoT 2014-2015 (Decision 15-D0006) à l'EoT 2015-2016 (Decision 15-D0030).
Et bien, c'est avec le plus grand plaisir

que je constate que je me suis totalement planté dans mon pronostic

, et que c'est le moteur essence qui rafle la mise cette année, en ayant plus progressé que le moteur diesel pendant l'hiver. L'écart général de rendement entre diesel et essence diminue de 0,8%, et encore plus surprenant de 1% à Pmax, pour tomber en dessous des 7%. Même le facteur K, qui vise à compenser le surpoids du diesel, est également modifié en la faveur de ce dernier sur les classes d'hybridation intermédiaires.
On note également une baisse relative de l'allocation d'énergie fossile à la classe 8 MJ par rapport à la classe 6 MJ, la catégorie 8 MJ ayant été très favorisée dans les premiers EoT sans doute pour pousser les constructeurs à essayer d'y aller. Maintenant qu'un constructeur y est arrivé, il est temps de rééquilibrer les choses, surtout au vu de l'écart entre la Toyota 6 MJ et la Porsche 8 MJ sur le début de l'année.
Sachant que l'équivalence Diesel-Essence est réalisé sur la base du meilleur moteur de chaque catégorie, il y a toutes les chances, vue les performances sur la piste, que ce soit Porsche qui ait servi de référence cette année, alors que selon Pascal Vasselon, c'était le V8 atmo de Toyota qui était la référence en début 2014.
On peut donc être impressionné par la performance des motoristes de Porsche

, sachant qu'ils ont en plus un ERS-H qui vient perturber l'écoulement des gaz d'échappement. Bien qu'on ne mesure les écarts de rendement que depuis 2014 avec le nouveau règlement, c'est la première fois depuis l'introduction du diesel en 2006 qu'un coup de molette est mis en faveur de cette motorisation. Bravo donc à Porsche et aux moteurs essence

!
Ça met d'un autre côté en relief l'excellence du châssis de l'Audi R18, tant en finesse qu'en appui

, puisqu'elle a réussi à gagner les deux premières épreuves de 2015 et à fait jeu égal en performances aux Mans, malgré un léger déficit de puissance par rapport à la Porsche.
On comprend mieux maintenant que Toyota passe au turbo en 2016, lui qui est totalement à l'ouest par rapport à ses deux concurrents (une équivalence réalisée avec le V8 atmo de la Toyota aurait probablement abouti à un résultat inverse, soit une progression plus importante du diesel en terme de rendement). Même si les contraintes sont différentes, je ne peux d'ailleurs m'empêcher d'y voir, via le même objectif final de recherche du meilleur rendement, un indice de plus pour mon présage concernant l'évolution générale des moteurs essence de série. J'y reviendrai dans un post plus approprié.
La suite de la saison va être passionnante

et avec une Audi légèrement requinquée par cet EoT, il ne sera pas aisé pour Porsche d'aller chercher le titre mondial. Je ne risquerai plus de pronostic pour l'année prochaine

, en notant simplement que la baisse d'allocation d'énergie fossile pour 2015-2016 a été bien moindre que les 10 MJ par tour du Mans annoncés précédemment par AH (une essence 8 MJ passera de 35 l/100 km à 34,2 l/100 km), et donc qu'il faudra probablement agir sur l'aéro à l'intersaison pour ralentir les voitures comme le laisse entendre
cet article d'EI.
Je termine par un
petit tableau très utile d'équivalence énergie-consommation pour chaque voiture et qui vous montre que l'écart d'énergie au litre entre essence et diesel est bien plus important ici que pour nos carburants de tous les jours. Normal, car l'essence du WEC contient 20% de bio, soit de l'éthanol ou du butanol, ce qui réduit d'autant son pouvoir énergétique au litre. Ça explique notamment les grosses différences de contenance de réservoirs entre essence et diesel.
(*) : tout en favorisant une moindre consommation d'énergie fossile. Ainsi, l'équivalence entre classes d'hybridation est réalisée de telle manière qu'un MJ d'hybridation supplémentaire est censé apporter un gain de 0,5 s sur un tour du circuit du Mans.