Journée historique !
Dès 8h55, j'étais hier en face des stands de numéros 7 et 8 afin de ne louper sous aucun prétexte le grand événement historique des premiers tours de roues des Toyota TS030, confrontées pour la première fois au public et à la concurrence, notamment les Audi diesel.
C'était un moment historique car pour la première fois, le public pouvait découvrir à la fois :
- les voitures hybrides engagées dans la plus grande course automobile du monde par le constructeur à l'origine du développement et de la commmercialisation en grande série de cette technologie du présent, mais encore plus de l'avenir,
- une équipe de pointe faisant enfin le choix de l'essence et y accolant l'hybridation, et susceptible enfin de rivaliser avec des diesels qui nous enfument

en endurance depuis maintenant 2006 inclu.
Les Toyota, rouges et blanches jusqu'alors (couleurs qu'a toujours privilégiées la marque : voir
vidéo récente de la TS030 en essai à Magny Cours) étaient
bleues et blanches, et garderont certainement ces couleurs pour la course et la suite du championnat. Par rapport aux Audi R18, impressionnantes et belles, mais massives dans le style Panzer division, les Toyota paraissent bien plus petites et menues, malgré des dimensions aux limites du règlement, donc quasi-identiques (sauf pour la hauteur, où elles sont plus basses, c'est certain).
Contrairement à FiliP, j'ai pu distinguer à deux ou trois reprises le départ en électrique suivi (quelques dizaines de mètres plus loin au maximum) de l'explosion rageuse et jouissive du V8

(et là, désolé, mais c'est autre chose qu'un diesel dans les stands). On entendait un peu mieux le bruit électrique un peu en amont en face de la zone de déccélération lorsque les Toy rentraient au stand.
Etant donné les
zones de freinages imposées par la FIA (et bridant les hybrides

), il fallait ici se placer à la sortie du virage Ford en début de ligne droite des stands pour apprécier le coup de boost de l'hybride. Ca s'entend sur la Toyota car deux rapports passent très vite pour après se calmer plus qu'attendu. Ca se voit lorsqu'on suit une Toyota qui sort du virage en peloton, y compris avec une autre LMP1. On sent qu'il y a quelque chose en plus en puissance sans que ce soit fulgurant (comme ça pouvait l'être avec lun gros turbo sur une
porsche 935 par exemple).
Au début de la séance, j'ai eu très peur quand une Audi a amélioré d'un coup le temps au tour de quasiment 5 secondes

. Je me suis dit que ça allait faire avec la Toyota comme ça l'avait fait avec les autres essences les années précédentes : une inexorable et confortable prise d'ascendant par les diesel. Puis, j'ai été ensuite rassuré par deux événements :
- je vois une Etron quattro sur les talons d'une Toyota, semblant fondre sur elle : après 6 ans de domination diesel, on se dit que le tour suivant, elle est devant. Et bien, non, le tour suivant et encore après, elle est toujours derrière. Ca, ça fait vraiment plaisir

!
- ensuite, en apprenant après 2h30 à 3h00 de séance, qu'une toyota venait de faire le meilleur tour en course, en 3'30 et des poussières,ce qui commence à être sérieux

.
A partir de là, les tours se sont enchaînés et améliorés jusqu'à descendre en dessous de 3'28" à la fin de la première séance. Les Toyota et Audi étaient alors toutes groupées dans la même seconde. On pouvait être alors rassuré
😎: les Toyota étaient compétitives en rapidité.
L'après-midi était prometteuse mais a été diversement perturbée
😢 par une ou deux averses non prévues, un exercice assez long de safety car, et finalement un drapeau rouge. Les Toyota n'ont pas eu l'air de vouloir chercher la perf., sauf à la fin où Wurz a fait sur la n°7 le meilleur temps des deux TS030 en un peu plus de 3'27", mais dont toute éventuelle vélléité ultérieure a été coupée par ce fameux drapeau rouge.
Au contraire, les Audi ont attaqué fort sur des séries de tours, notamment McNish sur la 2, pour réaliser finalement un meilleur temps de la journée en un peu moins de 3'26", soit presque la pole position de l'année dernière. Les Etron sont finalement passées devant les Ultra, dont l'une a longtemps été créditée du meilleur temps.
A noter que j'ai été témoin, au tertre rouge, de la perte du déflecteur avant supérieur gauche de la TS030 n°7 (de couleur bleue et placé au niveau du phare), a priori en passant sur les vibreurs. Il semblerait que ce soit arrivé plusieurs fois au cours de la journée, et que ce fut le seul problème que les Toyota aient rencontré durant la journée. A priori facilement corrigeable pour la course
😎. Autre chose, les Toy semblaient souvent freiner assez tôt et plus longtemps, comme pour récupérer le plus d'énergie possible

. Ca se voyait au freinage de la Dunlop et des virages Ford.
Je peux vous dire, que vu les temps rapides, la course sera très impressionnante cette année. Ca passe très vite, notamment au tertre rouge, où les Audi sont incroyables (la vitesse à laquelle elles passent défient les lois physiques). Les Toy, sans avoir l'air aussi pots de colle, passent très fort également. Aux virages Porsche en course, le spectacle sera un régal.
Voici les
temps officiels de la journée.
Quelques conclusions de cette journée et perspectives pour la course :
- les Toyota, bien qu'en début de développement et au sein d'un tout nouveau team en endurance, sont déjà dans le coup en terme de vitesse pure. L'heure de vérité dans ce domaine sera la qualification où Toy voudrait faire la pôle : ce sera dur, mais pas injouable. Les Etron devraient quand à elles être devant les Ultra, mais pas tant que ça (le choix du train avant par Audi pénalise l'aéro, et donc la vitesse de pointe importante au Mans, et les possibilités de récupération des hybrides ne sont pas entièrement exploitées du fait du règlement restrictif). Sauf météo défavorable, cette pôle sera certainement en moins de 3'25", ce qui commence à aller très vite (trop aux yeux de l'ACO, mais pour nos yeux à nous, c'est super

).
- pour la course, les Audi sont archi-favorites : il y a quatre voitures contre deux, dont deux non hybrides qui ont fait leurs preuves en fiabilité. Mais j'espère un début serré qui pourrait être passionant si ça se goupille bien et se transforme en véritable sprint d'endurance. S'il pleut, les Etron sont hyper-favorites : elles seront nettement devant.
- une grosse inconnue
😱 reste la question de l'autonomie comparée des Toyota par rapport aux Audi (pourront-elles faire un tour de plus grâce à leur plus grand emport énergétique). Je n'y crois pas à cause de la pénalisation inique de 2 l de contenance des hybrides, et du fait que le tour est très long au Mans, mais si c'était par miracle le cas et que les Toy se montrent fiables, une possibilité de victoire ne serait plus hypothétique...
- on notera que toutes les autres LMP1 essence ont été releguées loin derrière. S'il n'y avait pas eu les Toyota, Pescarolo aurait à tous les coups à nouveau pleuré

en accusant les équivalences en faveur des diesel. Or les équivalences doivent être à peu près bonnes si l'on en croit les vitesses de pointe où les TS030 ont été chronométrées respêctivement à 330 et 331 km/h tandis que la meilleure Audi, l'Etron de McNish, n'a pu faire mieux que 327 km/h. Même en invoquant de petites différences de charge aéro, ces vitesses voisines vont dans le sens d'une équivalence moteur diesel/essence à peu près équilibrée (ou tout au moins les essences ne semblent plus pénalisées, comme ce fut tout le temps le cas depuis 2006, sauf peut-être en 2010). C'est la preuve par 9 (et c'était déjà la principale raison les années précédentes), que cet écart conséquent est significatif du gouffre qu'il peut y avoir entre des équipes privées et des équipes d'usine, avec beaucoup de moyens, mais aussi beaucoup de professionalisme, rigoureuses, méthodiques et organisées, caractéristiques à la base de la réussite de n'importe quel projet.

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